lundi 29 avril 2013

Aveugle aimant


File le passé et ses leurres
Comme la vague sur le sable
Reste des hier au passable:
Les longs serrements, l'amour en pleurs

Le chuchotis, à marée basse
Est ressassé en long récif
Brisant l'appel de détresse
Où l'écumant se fait pensif

A mes bleus frôle une caresse
Un sang pulsé où j'entends battre
Une âme sœur, une faiblesse
Où vient se dresser mon albâtre

Lointain espoir, crépitant doute
Le vide est las et me tiraille
Sentiments armés en déroute
Comme un aveugle sans le braille

Vole, vole ma lumière
En douce flamme, en étincelle
Pour moi survient le seul soir
Où s'ouvrent en veine mes prières

Mes mains recherchent ce corps nu
Et le relief de ses cryptes
Là où mon âme trouve gite
Et s'abandonne à l'inconnue



© Copyright Merle Bleu

samedi 27 avril 2013

Zone rouge



Le flot s'écoule en Amazone,
Vomie la lave en Vésuvie
Le mal sévit où c'est la zone.

On s'écartèle en Colombie
Est-ce Colombine ou Pierrot
Cette pucelle que l'on pine.

A cette rose sans épine
Je n'oserai tourner le dos
Et du fado renait le spleen.

Torrents s'écoulent à l'amer
Et se déversent en longs sanglots
Comme une eau versée en hiver.

En noir et blanc je suis Chaplin
Mi rigolo ou mi Charlot
Un plaisantin privé de Gin.

Ma vie est comme un Mikado
En équilibre tout caduque
Les sentiments en vibrato.

Et si je bous comme un grand duc
L'effroi me froisse en boule tripe
Et mon cœur fond mélancolique.



© Copyright Merle Bleu

vendredi 26 avril 2013

Banc public




Glacé le temps comme onde lac,
Les eaux s'étirent entre les rives
Et moi j'attends.

A la trotteuse les secondes
Fuient le soleil à la dérive
Et moi j'attends.

Le noir s'emmêle au long des nuits
Avec les rêves en mensonge
Et moi j'attends.

Les jours s'éveillent, ombre et lumière,
Et puis retournent à la terre
Et moi j'attends.

Les pages tournent sous le vent,
Au loin s'envolent les messages
Et moi j'attends.

Lorsque renait le temps des fleurs
Et des amants le butinage,
Alors, moi, le vieux banc, tel un sage,
Je suis content.



© Copyright Merle Bleu

jeudi 25 avril 2013

Certitude




La vie n'a pas été tendre, c'est sur,
Elle m'a mordu jusqu'au sang.
J'ai guéri de ces blessures, c'est sur,
Et j'ai été de l'avant.

Le chemin est long, c'est sur,
Qui m'a mené dans tes bras,
Et je t'aimerai, c'est sur,
Comme on n'aime qu'une fois.

Mais je vieillirai, c'est sur,
Comme un homme vire au blanc.
Et je tremblerai, c'est sur,
à la fin de mon hiver.

Je partirai un jour, c'est sur
Vers des horizons doux, apaisants.
Nul besoin de lourde couverture
Je dormirai, c'est sur, le froid aidant.

Je déposerai les armes, c'est sur,
Sans qu'une larme ne s'écoule
Et dans le froid petit matin, c'est sur,
La rosée retiendra ses pleurs.

Et tu l'oublieras, c'est sur,
sur tes joues, cette tristesse en chemin.
Et j'ai peur tu sais, c'est sur,
De cet avenir trop certain.

Mais la mort viendra, c'est sur,
Sous-signer le parchemin,
De ma vie que restera-t-il ?
Sur la page combien de ratures ?

Ca, je n'en sais rien.


© Copyright Merle Bleu

mercredi 24 avril 2013

Seul





Pas de ciel bleu sans les nuages
Et pas de blanc sans couleur noire,
Pas de bonheur sans désespoir
Et pas d'esclave sans un maitre,
Pas de miroir sans reflet
Et pas de vie sans mise à mort...

...Et pas de moi sans solitude.


© Copyright Merle Bleu

dimanche 21 avril 2013

Valse dévastée



La terre est saturée de ces flots de je t'aime
Coulant leurs mots salés à la fin d'une danse
Lorsqu'au petit matin l'amour s'en est allé
Laissant l'aube amertume aux larmes au gout rance.

Déferlant jamais plus, moutonnant abandon,
Mirage interrompu d'une âme mise à sac,
Cet arc s'est rompu que bandait Cupidon,
Les amants de la plage ont ternit le ressac.

Les veines se déchirent en vaines comédies
La sanguine parole prend gout d'orange amère
Pâlit la farandole où le plaisir mendie
La faute à pas de bol, la boule roule impair.

S'écoulent à l'infini les regrets en rengaine
Les sanglots réprimés aux pleurs hémorragiques
Les dessous grisaillant où cliquettent les chaines
Les peines conjuguées en devenirs tragiques.

S'éloignent les soupirs emportés en un souffle,
Les sens évaporés où s'éteignaient les flammes.
La brise a ses raisons attisant le possible
Au frisson prisonnier d'un corps en mélodrame.

Au tournant de la roue le paon met ses couleurs
Et les pans d'une vie vacillent sous les néons
Laissant vides les cœurs comme un bandonéon,
Brassant les courants d'air en accords racoleurs.


© Copyright Merle Bleu

Ôdieu



Entends la bouche bée interrogeant les dieux,
Le courant d'air vicié soufflant son sacrifice,
La grimace en dedans où glisse le supplice,
L'obscur reniement à tout le mélodieux.

Entends la voix hurlant aux courants d'injustice,
Aux faibles désarmés en leur limant les griffes,
A la femme bafouée dont sèche le calice,
A l'enfant malmené, aux saignements de pif.

Entends le grondement de la colère sombre,
Le sinistre ouragan dévastant la misère,
Le souffle de Satan consumant les décombres,
Et son ricanement tout droit sorti de terre.

Entends le tremblement de douleur intérieure,
L'aveu de l'impuissance criblé de désespoir,
Le cri de couleur noire agrippé au meilleur,
Le chagrin se noyant aux lagunes du soir.

Entends le condamné refusant la sentence,
Debout, fier et damné fulgurant d'insolence,
Le coupable acharné dont le bras frappe et venge,
L'homme désespéré s'enrôlant en démence.

Entends si tu le peux, oui, toi que l'on dit dieu!
Entends cette supplique en forme de prière,
Et si vraiment tu es, approche ta lumière
Et dis moi donc pourquoi le monde n'est pas mieux.


© Copyright Merle Bleu

samedi 20 avril 2013

Rien qu'une vie




C'est une vie en marche ou crève
Un avenir en sous régime
Où la survie chasse les rêves

C'est une vie où tout s'écroule
A cette approche de la cime
En un naufrage sous la houle

C'est une vie souvent cruelle
Le fossoyeur de nos je t'aime
Les enterrant à coups de pelle

C'est une vie de tant d'envie
De ces regrets que l'on parsème
Trop peu de jours, si peu de nuits

C'est une vie en mélodie
La double accroche en fausse note
De tous nos jeux sans interdits

C'est une vie artificielle
Où l'on s'attife et se fagote
En se privant de l'essentiel

C'est une vie sans infini
Au lent tic tac irréversible
De nos instants inassouvis

C'est une vie mystérieuse
Sans une explication plausible
A la nature facétieuse

C'est une vie dont le chemin
Est une route sans issue
Où les enfants sont nos demains
Et nos présences révolues.


© Copyright Merle Bleu

vendredi 19 avril 2013

Sacre printanier



Le soleil pousse les nuages
Le printemps luit de tous ses feux
Des buissons fuse le ramage
De milles oiseaux fébriles, heureux.

Les couleurs vives en fleurs teintent.
Du genêt jaune où nait l'ivresse
Au frêle ciste en robe feinte,
Tout le maquis renait en liesse.

Sous la douceur en renaissance,
Pousse sauvage l'orchidée,
Allongeant son inflorescence
Parmi les denses graminées.

Le lupin déploie son panache,
Harmonieuses nuances bleues,
Côtoyant l'écarlate tache
Du coquelicot orgueilleux.

La bruyère arbore le blanc
Aux campanules en clochettes,
Le lys trônant royalement
Sa majesté dressant la tête.

Au vibrant dégradé de verts
La mer répond de tous ses bleus,
Oublié ce trop long hiver,
Soyons libres, soyons heureux!


© Copyright Merle Bleu

mercredi 17 avril 2013

Jeu demain





J'ai dans la tête ton visage
Tes traits douceurs sur un teint blême
Me prend l'envie d'être moins sage
Ecrire en toi tous mes je t'aime.

Quand dans la nuit tes yeux se figent
En un regard flou indécis
Lumière en la prison vertige,
De nos demains écrits au si.

De mes deux mains je veux aussi,
A ton désir mettre une touche,
Plongeant des lèvres leur rubis
A la naissance de ta bouche.

Dans la pénombre tu souris
Et de ton souffle je me grise.
De ce sourire coule le cri
D'un trémolo vibrant d'extase.

Vol de plaisir parti en vrille
Sous ta peau fine en tatouage
La mélodie en bas résilles
De ton aurore à mon mirage.


© Copyright Merle Bleu

lundi 15 avril 2013

Ô ma Lili




Le papillon déplie ses ailes
Et le lilas délie ses fleurs
Toi tu es là, Lili, parmi mes pleurs

Je te sourie tu vois
Et sur ce lit de liane
Je me libère.

Et si parfois mon cœur se serre
Il t'es lié, ma liesse,
Jusqu'au délit du lit.

Tu es ma lionne
Je suis ton lierre
Et j'en oublie tous les hier

Je suis en toi et tu frissonnes
Oh mon amour lilliputienne
Viens, sois mienne, Ô ma Lili.


© Copyright Merle Bleu

Mass média



En déferlement d'images,
Brulure des rétines,
Le monde et son saccage
Envahi les cuisines.

Entre la poire et le fromage,
A domicile on assassine,
Pensées anthropophages,
L'audimat abomine.

Pour faire jaillir le scoop
Prospectons les poubelles,
Quand l'oeil se fait soucoupe
La pub est décibel.

Pour attirer les yeux,
Déshabillons les âmes,
Attisons les envieux,
Pour que frappent les lames.

Curieuse réalité,
Cultivée dans la fange,
D'une grise humanité
Que plus rien de dérange.


© Copyright Merle Bleu

dimanche 14 avril 2013

Bourgeoises

Elles se pavanent en Chanel
Et font leur courses over Channel
Leur mains ignorant l'eau d'javel.

Elles ont le vers qui cocotte
Et le discours qui caquette
Sous un décor de paillettes.

Elles sont amoureuses de Paname
Frissonnent au moindre mélodrame
Et sous les dorures se pâment.

Elles jouent à la noblesse
Abjurant à confesse
Leurs plumes entre deux fesses.

Elles roulent en allemandes
A la droite des bandes
Sourire en contrebande.

Elles chiquent le vulgaire
En se prenant des airs
Plus haut que leur derrière.

Elles traquent le bénéfice
Comme on ouvre les cuisses
En criant au supplice.

Elles sont, c'est sur bien françoises
Pimbêches quand on les croise
Ces dames que l'on nomme bourgeoises.


© Copyright Merle Bleu

Sorry Charlie



Charlie n'a pas de rêves
Où sont ils donc partis ?
Aujourd'hui elle en crève
De ce temps imparti

A coup de blanche artificielle
Elle met des couleurs à ses nuits
Et elle s'envoie au septième ciel
Alors que dehors c'est la pluie

Charlie n'a plus d'envies
Mais des poussées de rage
Quand elle regarde sa vie
Les contours de sa cage

Alors elle cherche l'euphorie
Le plaisir injectable
Its so good I'am sorry
Son passé est jetable

Charlie a des larmes aussi
Qui coulent à l'intérieur
Et son chagrin grandit
Arrosé de ses pleurs

Alors elle se double la dose
Je sais bien, c'est dommage
Elle fuit dans l'overdose
Dix huit ans c'est son age


© Copyright Merle Bleu

samedi 13 avril 2013

Lendemain pacifique



De tes yeux coulent des larmes de sel
Et je me jette à genoux implorant le pardon
D'avoir été d'impatience cruel,
Oubliant cet amour dont tu m'as fait le don.

De la faille endormie, cette ancienne blessure,
Rejaillit la peur d'un amour perdu,
Illusion d'une faute où périt le futur,
Nul n'est coupable à ce sang répandu.

L'émotion te submerge en vague de panique,
Ton présent se disloque en déraison.
Respire ! Retrouve en toi un recoin pacifique,
Nous sommes, amour, tous deux au diapason.

Demain sera lumière où croisent nos chemins,
Nous unirons nos ciel en une voie lactée,
Je poserai ma bouche à tes lèvres carmin,
Dissipant la crainte à tes lendemains.


© Copyright Merle Bleu

vendredi 12 avril 2013

Bouquet de vie



La vie nous offre
Plus d'une fleur
Où l'on se pique...
Entaille rouge sang.

L'amour s'en va fanant,
Où glissent ses pétales,
Et le passé se fripe,
Se flétrit rose pâle.

La couleur se tarit,
Souvenir de vitrail,
Ne reste que l'ennui
Aux entrailles béantes.

Ce sont des larmes grises,
Inondant l'intérieur,
Un monde en noir et blanc
Que les pleurs mélangent.

Les jours sans faim défilent
Déroulant leur pelote
De rêche tristesse
Ou se plante l'aiguille.

Lent tic tac des mois,
Echo de l'absence des émois,
Les ans passent en non sens
Qui mènent à l'impasse.

Mais en nos âmes friches,
Parfois l'herbe repousse
Et renait au désir,
En brins multicolores.

C'est en brassée délice
Que le présent récolte
L'ivresse sans faux semblant
De son feu d'artifices.


© Copyright Merle Bleu

mercredi 10 avril 2013

Stridulation muette



C'est un cri rouge à disperser l'espace
Que rien ne vient intercepter
Une étincelle inhabitable
En métastases floues ondulées

Un grain d'avis si négligeable
La galaxie de la pensée
De l'inaudible à moduler
A la fréquence inter-spatiale

De la porteuse désertée
Les sons grésillent et se propagent
En la planète inhabitée
...
Sans un sillage

La vibration est non écho
Pas un obstacle où rebondir
Voyage destination zéro
Vol à n'en plus finir


© Copyright Merle Bleu

mardi 9 avril 2013

Less bottines



Nos dirigeants ont bien des tics,
La main est prise dans l'Cahusac
Et les valseuses sont de Strauss,
Qui sont ces gens privés d'éthique?

Et ce filon qui vaut de l'or,
Truffe mi figue mi Tartuffe,
A tous ces sous qu'il ne sait voir,
Son patrimoine c'est deux occases.

Du politique t'as pas l'blase,
Alors avance les bif'tons,
La république et ses oukases,
S'adressent à toi, pauv'con!

La gauche, la droite,
En une salade mélange thon,
Savourent encore la mise en boite,
Les flots cuisinent du plancton.

De ces partis où l'on se stress,
L'horizon vire au bleu Marine
Et sous la voute perlées de strass
Me vient le son de leurs bottines.


© Copyright Merle Bleu

Ressac glauque




Une vague se glisse sur le sable,
Froide caresse éclatante de bulles,
Pétillant au trait d'un pas effaçable
A la lueur bistre du crépuscule.

L'esprit s'imbibe à la mélancolie,
Reflet de spleen à la crête des vagues,
Rouleaux d'écume éclaboussés d'oublis,
Balayant tout comme le fou divague.

La tête bruissant comme un coquillage
A l'écoute de sa mer intérieure,
L'homme vacille évitant le naufrage
Et inspire imaginant un ailleurs.

Balloté par un clapot d'idées glauques,
La nausée monte où son âme s'écaille,
Soutirant le cri à résonance rauque,
Ressac d'ennui comme l'eau en la faille.



© Copyright Merle Bleu

lundi 8 avril 2013

Dernière marche



Elle doute

Que la vie ait un sens
Où fleurit le bonheur,
Que finira l'absence
Où se glace le coeur.

Elle cache

Son âme tremblante
Où la terreur creuse
Comme une mort lente
A la pâleur terreuse.

Elle lutte

Pour un pas après l'autre,
Faire renaître un demain,
Malgré les faux apôtres,
Les mauvais jeux de mains.

Elle pleure

A la face du monde,
Pour dire sa frayeur,
Des rougeurs immondes
D'où jaillit la douleur.

Elle plane

Pour fuir la noirceur
Où blanchissent ses rêves
Et franchir en hauteur
Ces nuits blanches qui crèvent.

Elle meure

De ce creux de sa vie
Fait de la solitude,
De ce peu d'appétit
Devenu habitude.

Elle marche

Vers d'autres devenirs,
Recherchant la lumière,
Pour ne pas en finir,
Encore une fois, ce sera la dernière...


© Copyright Merle Bleu

Rendez-vous manqué



...Attente dans le froid
Hall de gare en courant d'air...
La foule presse le pas,
Chacun rejoint sa tanière.

Banlieusards au teint blafard,
Jouant des coudes pour gagner.
Gagner quoi ? ...Coup de cafard.
Le droit de recommencer,
Demain et le jour suivant.
...Frissons jetés au vent.

...Le regard flotte
Bousculade du troupeau...
Signal de fermeture des portes,
Les piétons se mettent au galop.

Wagons au look de bétaillères,
On se presse et on s'entasse,
Cranes ras et longues crinières,
Paires de fesses, odeur de crasse.
L'humanité ? ... Asservie.
... Servie à quoi ? Pour qui ?.

...Il est trop tard
Le train démarre, gémit...
Odeur de fer, sortie de gare.
Elle ne viendra pas, c'est fini...


© Copyright Merle Bleu

Flambée de vie




Scrutant la cheminée le regard se fait vague,
Captivées par le feu ondulent les pensées,
Du jaune à l'orangé l'esprit au loin divague,
Un moment de torpeur aux flammes caressé.

Le présent se consume à la lueur des braises,
Vacille le futur le temps d'un courant d'air
Et le passé n'est plus que mis en parenthèse,
Crépite le foyer nous réchauffant la chair.

Parfois le bois éclate à la rude morsure,
Projetant l'escarbille en mauvaise manière,
Il siffle en vain sa plainte assaillit de brulures
Et s'affaisse soudain comme tombe une pierre.

De ce bois qui fut fier le voici de charbon,
De colère il rougeoit en irradiant sa haine,
S'effondrant sous le poids et demandant pardon,
Une dernière fois, à la vie cette chienne.

La vigueur s'est enfuie aux dernières rougeurs,
Le frisson se répand dans un corps engourdi,
Bientôt ne reste plus de chaleur en son cœur,
C'est un bien triste sort que ce jour lui ourdit.


© Copyright Merle Bleu

Tourbillon d'émotions



Un voile blanc au loin s'envole,
C'est la colombe de nos vœux,
Tous nos désirs en nous s'affolent
Que nos soupirs dévoilent aux cieux.

Mélodie de nos cœurs qui battent,
Les notes en portée nous unissent.
Femme au profil d'une gratte,
Vibre ses accords en délice.

Folie en petits pas de danse,
Toupies lancées à toute allure,
Tourbillons de nos âmes en transe,
Jaillissent en or de nos fêlures.

Pirouettes en vol de nos amours,
Leurs têtes en l'air se dévisagent,
Vertige en tournant dévissages,
Bouches muettes aux souffles courts.

Évanescence de tous nos sens,
La vie nous tangue et nous rend ivres,
Évanouissant la distance
En émotions devenues libres.


© Copyright Merle Bleu

Marlène



Souviens toi de nous deux en messes buissonnières,
Les trois sous du curé nous offrant friandises,
De nos épées en bois traçant des boutonnières,
Découvrant de la vie la libre gourmandise.

Entre moi et l'ainée ta place était étroite,
Tu fus garçon manqué et fille dénigrée,
Mais au fond de ton cœur tu étais âme droite,
Émotions en pudeur, refus de simagrées.

Je te revois plus tard en belle adolescente,
Arrachant à la vie un peu de liberté,
A l'insu du tyran aux manières violentes,
Échappant pour un temps à ses lois édictées.

De toi tu fus peu sure évitant les amours,
Ta source de douleurs était la jalousie,
Ainsi brula ta vie à la langueur des jours,
Trompant la solitude à coups de fantaisie.

La maladie te prit en pleine fleur de l'age,
Les nerfs t'avaient trahie d'une sclérose en plaque.
Remèdes aberrants et conseillers peu sages,
En poussées foudroyée tu subis les attaques.

Je te revois encore à la mort d'une mère,
Ton rire ahurissant sur le vide en ta tête,
Ton fauteuil trépidant aux trous du cimetière,
Ce jour semblait pour toi sonner comme une fête.

Et puis tu es partie en trouvant le repos,
Ton prénom tricoté en pelote de laine,
Tes cendres envolées mettant fin aux cahots,
Me reste en souvenir, ma tendre sœur, Marlène.


© Copyright Merle Bleu

L'orage



Les nuages en masse fuient l'horizon du ciel,
Moutonnement de gris dévorant à l'azur,
Le soleil ahuri se fait existentiel,
Les oiseaux effrayés blottissent leur murmure.

Un silence pesant pourchasse les diptères,
La nature un instant est souffles suspendus,
Le temps est arrêté, pressentant une guerre,
Présage menaçant lourd de sous entendus.

Le sombre déchiré rugit de frissons graves,
Vibration terrifiant la moindre créature,
Se terrent les hardis, ceux qui faisaient les braves,
Les hommes en troupeaux accélèrent l'allure.

Une rumeur grandit, bruit crépitant de gouttes,
La terre est assaillit par le déluge d'eau,
Bientôt elle est noyée sous un flux en déroute,
Et la chaussée n'est plus que le lit d'un ruisseau.

La terre en est gavée et crache en haut le coeur,
Les caniveaux dégueulent la brune vomissure,
Fatras de papiers gras plaqué aux commissures
De leurs bouches béantes assoiffées de luxure.

Craquant de toutes part le monde est agonie,
D'aveuglantes clartés éblouissent le noir,
Les flots de jamais plus dévalent en oubli,
S'enfuit le superflu emporté dans le soir.



© Copyright Merle Bleu

dimanche 7 avril 2013

Soieries


 

Parures de dentelles
Posées sur ta peau nue
Dans tes yeux l'étincelle
D'une fausse ingénue

En doux dessous de soie
Aux reflets de satin
Ton body qui chatoie
Ton sourire mutin

Tomber le Carioca
Au lâcher de bretelle
Téton couleur mocca
Dressé comme un rebelle

Que tangue à ton tanga
La limite imprécise
Soulignée de mon doigt
En trouble convoitise


© Copyright Merle Bleu

Le rêve



Je suis le rêve abandonné,
Images chéries ligotées,
De vos esprits je suis damné,
Pourtant je n'ai jamais fauté.

Même dans le noir je vous éclaire
D'une lumière aux tons rosés,
Aux devenirs de couleurs claires,
J'accroche en goutte une rosée.

Je suis l'artisan de vos songes,
Le magicien des lendemains,
Le fabricant de pieux mensonges
Frayant aux désirs leurs chemins.

Pourquoi vouloir y renoncer,
La raison est déraisonnable.
Aux avenirs trop bien tracés,
Le ressenti se fait passable.

Je vous veux des feux d'artifices
Explosant le sang à vos tempes,
Un florilège en doux délices
A faire rougir les estampes.

Je sème à la fleur l'érotisme
En vos lits tristes et délaissés,
De vos envies je fais un isthme
En d'adultères traversées.

Je vous emmène vers ailleurs,
En des endroits inaccessibles,
Là où s'envolent tous les coeurs,
Et où enfin tout est possible.


© Copyright Merle Bleu

Synapse



La route est longue sous un soleil de braise,
La tête brulée, sous les rayons transpire.
A gauche tombe, abrupte, la falaise,
L'océan brasse aux algues les soupirs.

...Il n'y a plus de but...
...Marcher toujours plus loin...
Malgré le pas qui bute.

Bouger, sans destin, à tituber ivre,
A remuer la poussière et goûter,
A son insu, la vie du bout des lèvres,
En souvenir des images floutées.

...Lointain cristal de flûte...
...L'esprit à ses recoins...
La mémoire est en lutte.

Plus rien ne compte or le bout du chemin,
Pas même le cri des mouettes en vol,
Ni le soleil qui tape, ni la faim,
Ni les hirondelles au caquet frivole.

...Des "non" et puis des "zut"...
...Curieuse odeur de foin...
Réminiscence d'Ut.

Le vieillard s'agite et rien ne lui revient
De sa vie au passé, rien ne subsiste
De ses amours en un temps diluvien,
Etait-il heureux ou bien fut-il triste ?

...De ses cheveux hirsutes...
...De son âme chafouin...
...Il ne reste plus rien...
Que sa dernière chute.


© Copyright Merle Bleu

Eclat de vie



Mes veines lisses sont de verre,
Elles sont vitrines trans-glucides
A la matière héréditaire,
Un simulacre de suicide.

Mon cœur est transparent bocal,
La peur en battements éclate
La paroi fragile et cristal
Au contenu rouge écarlate.

Fondent mes artères en glace,
Prison mobile des globules,
Que le capitaine fracasse
En un bouillonnement de bulles.

Mon corps se tari de son sang,
J'ai survécu avec ou sans,
Ne me parlez plus de la chance,
Je l'ai perdue dans mon enfance.


© Copyright Merle Bleu

Puits des sens


Au fond du puits je suis, m'encercle la lumière
Un visage, un instant, la haut, passe et s'égare
Me reste la froideur du soir, l'odeur de la pierre
Et puis le désespoir fuse sans crier gare.

Au coin, blotti, mon corps las se laisse engloutir,
Figé dans l'eau croupie, les membres ankylosés,
Yeux à la vie fermés en rêves d'aboutir,
Soupirs évaporés aux désirs nécrosés.

Flottement des sens tus, la lumière apparait,
La bas attend la mort, en tenue d'apparat,
Relent de moisissure, odeur d'un marais,
Une armée de gros rats renifle le bout de gras.

Soudaine sensation me tire du sommeil,
Vos lèvres m'irradient, me réchauffent le ventre,
Pour vous je me raidi, butine cette abeille,
Me réchauffe son puits qui simule son antre.

Que l'on sonne la troupe à la trompe des morts,
Au passage du col faites vous de velours,
Que je jouisse de vous sans avoir de remords,
Vous êtes mon amie la bouche de l'Amour.

Flottement des seins nus, la lumière apparait,
La bas attend la mort, en tenue d'apparat,
Parfum de vous mon coeur, chaleur d'un palais,
Désarmé je souris et meurs sans embarras.


© Copyright Merle Bleu

Ruissellement



Elle est l'eau claire roucoulant à mes joues,
Le baiser posé à ma bouche de crapaud,
La tourterelle me délivrant le repos,
La chair craquante comme une noix de cajou.

Une bouche tiède ruisselante me douche,
Cascade de ses mots me déroulant leur chute,
Emotions humides de son corps qui me touche,
Volée de parachutes... le silence rechute.

Endormir son corps au passage de l'éponge
Et s'évanouir encore en de tendres plumages,
Déjouer en accord la puissance des songes
Et de son arc en ciel rejoindre les alpages.

Altitude, l'air se faire rare en sa couche,
Haletant les bouches se cherchent et se regardent,
Se fondent les lèvres comme tendre escarmouche,
Se dégustent et se mordent où les désirs s'attardent.

Au torrent des envies se déverse le fleuve,
Tumulte en vie des corps, bouillonnement des sens,
Tourbillon d'un brassage en une ultime épreuve,
Deux amours enlacés chavirent dans l'immense.



© Copyright Merle Bleu

Peu ou proue



Où sont passés ces mots de rêves,
Ceux qu'on fait rimer en toujours,
La mer les laissent sur la grève,
En un dernier compte à rebours.

Du coeur réinventer l'amour
Quand cette flèche en nous se crève,
Comme la flamme le retour,
De cet esprit qui nous élève.

De ta bouche les roses lèvres,
Je veux engloutir le baiser,
Et sur ta peau comme un orfèvre,
De feuilles d'or t'enluminer.

De ta parure sublimée,
Je veux parcourir les décors,
Et dans ta crique m'abimer,
En un subtile corps à corps.

Je veux naviguer sur tes vagues,
Sentir ta caresse à la proue,
Comme l'oiseau frôle la bague,
Se cabre, s'affole et s'ébroue.


© Copyright Merle Bleu

Plainte du vent



Le ciel est gris mais le soleil
En mon coeur déchire le voile,
L'étincelle rouge vermeil
Dessine l'amour en sa toile.

Jalousie parfois tu me stresses,
Agrippant cruelle mes tripes,
Réveillant l'enfant en détresses,
Au souvenir de mauvais trips.

Sur mes pâles lèvres démises,
Ta bouche soigne tel un strip,
A tes caresses qui m'attisent
Je fonds vers toi et je m'agrippe.

Poisson m'emmène à la dérive,
Au torrent coulant de mes larmes,
J'accosterai sur l'autre rive,
Celle où on peut baisser les armes.

Dans l'herbe tendre du désir,
Se tracera de nous l'empreinte,
De nos corps fourbus de plaisir,
Le vent délivrera la plainte.



© Copyright Merle Bleu

Naufrage



Ils sont les rapaces pillant le monde,
Aux richesses amassées en leurs serres,
Oiseaux de proie à l'appétit immonde,
Avides pourvoyeurs de nos misères.

N'es tu pas las de cette servitude ?
Ou est elle devenue ta nature,
Cette échine courbée de lassitude,
Comme mouton qu'on amène à tonsure.

Regarde l'herbe verte de leur pré,
En as tu jamais gouté de pareille ?
Ils aiment à leurs rapines s'empiffrer
Privant l'autre du raisin de la treille.

Que le jour vienne où se règlent les comptes,
Ces chacals perdront du poil la superbe,
On verra bien si leurs bourses remontent,
Aux cris déchainés d'une foule acerbe.

Quel est ce monde où l'on mendie sans toit,
Où les dieux fous se déclarent une guerre,
Le bruit du canon couvrant la prière,
Pendant que le marchand d'armes festoie.

Avons nous perdu toutes les valeurs ?
Quelle est donc ici la place de l'humain ?
Une machine à bas prix pour labeurs
Pour qui la vie n'a pas de lendemain ?

Pourquoi vouloir ainsi accumuler,
Le beau moment est celui du partage,
Utiliser l'autre comme un mulet,
C'est décider de l'homme le naufrage.


 © Copyright Merle Bleu

Amour Chantilly



Elle est la figure imposée,
Mes mains s'élèvent en ciboire,
Là où mes lèvres viennent boire
La douce goutte de rosée.

De l'envie j'ai trouvé la source
Et je voudrais m'y reposer,
Loin de l'argent et de la bourse,
Il faut y croire, il faut oser.

La vie est parfois une garce,
Elle nous mène par le nez
Et en une dernière farce,
Je la laisserai m'emmener.

Mais avant de céder la place,
Je veux encore m'enivrer,
Briser du miroir cette glace
Et de moi tout réinventer.

Monter la vie en pirouettes,
Parfum de crème Chantilly,
Fragrances sucrées qui nous fouettent,
Au doux parfum de nos saillies.

© Copyright Merle Bleu

Oiseau rare



Je suis l'oiseau qui vire, je suis l'oiseau qui volte,
Elle est ma citadelle aux troubles réconforts,
En un battement d'Elle, mon âme virevolte
Et son ventre sera le dernier de mes ports.

Sautillante étincelle écarquillant les yeux,
Chaleureuse présence à mon cœur délicieuse,
A sa flamme je brule et je renais aux vœux,
Et la plume se trempe à son âme gracieuse.

En volutes charnelles nos idées se mêlent,
S'évapore en la brume la chaleur de nos corps,
Et la moiteur palpite à nos cœurs qui s'emmêlent,
A la force d'écrits nos gestes sont accords.

Le souffle se fait court, le rythme s'accélère
Quand se coupe le vers, que se vide la coupe,
Que s'arrime la coque et vogue la galère,
S'affaisse le derrière et se secoue la croupe.


© Copyright Merle Bleu

Sursaut



Quelques poignées de doutes fabriquent un destin,
L'amour que l'on saupoudre au gout de davantage,
Fait que la vie s'écoule à chercher son chemin,
Que rien n'a plus de goût quand on avance en age.

Pour quelques avantages, pour une poignée de rien,
Le vécu est morose et les roses se fanent,
Au temps où vient l'arthrose et le mal de rein,
Les questions s'interposent aux années qui pavanent.

Alors que se profile la fin de cette route,
Tous les sens sursautent avant leur agonie,
Mesurant du passé l'ampleur de la déroute,
Le désir se redresse refusant l'anémie.

Au hasard d'un parcours, au décoché d'un arc
La rencontre un hiver d'une femme velours
Et le cœur nous chavire, le plaisir nous embarque
A vouloir nous aimer jusqu'au bout de nos jours.


© Copyright Merle Bleu

Le vieil anneau



Scellé dans la roche est cet anneau de fer,
Par le poids des années sa surface est brunie,
On prétend qu'il ouvrait les portes de l'enfer,
Emprisonnant en boucle les âmes bannies.

Les pleurs des trépassés on soulevé la rouille,
La trace en est visible d'un sang délavé
Et la mer ressasse les hurlements de trouille,
Sous le regard des anges accrochés à l'Ave.

De sa peau satinée ne reste que les croutes
Et son être en couches lentement se délite,
Souvenir au passé des bateaux, de leur routes,
Aux embruns trop salés son âme périclite.

Sous les derniers soleils son corps au rouge vire,
C'est son dernier hiver au printemps on l'occis,
En ces derniers instants où la vie le chavire,
Ses sens se font essence en vaine pyrexie.


© Copyright Merle Bleu

Delta plaine



Viens amour sous mes ailes dépliées,
Accroche toi à mon coeur, je t'envole
En des plaines maintes fois oubliées,
Là où pousse l'instantané frivole.

Rejoins moi pour ce voyage hors du temps,
La caresse au vent n'est que douce brise,
Flottons y comme de tendres amants,
Sur cet air lent au parfum qui nous grise.

Glissons en cette chaude apesanteur,
Tourbillon de nos âmes facétieuses,
Ivresse de nos suaves senteurs,
Aux reflets ambre de pierres précieuses.

Au plus haut, envahissons tout l'espace,
Accrochons mille étoiles sur nos yeux,
Sur la toile des printemps qui se cassent,
Dessinons cet avenir de nos cieux.

Atterrissage roulé sous nos pas,
Offrons nos corps à la mousse enlacés
Et de mille morts aux décors glacés,
Renaissons encore de nos trépas.


© Copyright Merle Bleu

Boite à promesses



Ce jour à ma porte j'ai trouvé une boite,
Un objet si léger qu'il m'a vite intrigué,
Je le pris indécis d'une main maladroite,
Une chaleur exquise en vint à m'irriguer.

Cette boite malice exhalait un murmure,
La teneur en était un fourmillant message,
Un bourdonnement comme une ruche susurre,
En aimant attiré j'approchais mon visage.

De la boite soudain s'échappa un nuage,
Des bisous frétillants à mes côtés se glissent,
Des douceurs, des câlins, des mutins, des peu sages,
En tous points de ma peau en frissons ils s'immiscent.

La stupeur apaisée me gagne le désir,
De tendresse inondé tout mon corps est caresses,
Un nuage de joie m'entourant de plaisir,
De la voix de l'amour la plus belle promesse.


© Copyright Merle Bleu

Modifié le 10/11/2014

Soca dance



En plein amour je me réveille
Le fruit vivant est à ma porte
Mais quelle est donc cette merveille
Qui à la vie enfin m'exhorte ?

Le quant à soi ne compte plus
Le lendemain est un virage
Où disparait le jamais plus
Et où la soie est ton visage.

Ô toi la femme plume d'ange
A la tendresse déferlante
Pour toi le vivre me démange
Flotte à mes côtes ma galante.

De nos deux corps à la dérive
Hissons les voiles de frégate
Vers les fleurs de Tananarive
Au fond de tes yeux brune agate.

A l'heure où nos pensées frémissent
Nos désirs basculent en cadence
Aux troubles plaisirs en prémices
D'une rugueuse soca dance.


© Copyright Merle Bleu

Couture



Le vent souffle ses relents d'Ouest,
Le crâne étouffe et s'électrise,
L'attente ne fait plus un geste,
L'âme lentement s'amenuise.

Venue de l'au delà des mers
Une fée glisse son murmure,
Se fendille la lourde armure
Sous une pantoufle de verre.

Jambe soyeuse de reflet,
Mon regard flambe de désir,
A la limite de l'ourlet,
Je veux être le doux vizir.

Mon cœur enfle comme citrouille
Et voudrait se faire carrosse,
Couvert de peinture antirouille
Au vernissage d'une bosse.

Il bondit comme un étalon
Sous la caresse d'une flamme,
Fringale du bas des talons
Au chas d'une aiguille de femme.


© Copyright Merle Bleu

Vide



Je suis être sans dieu ni mère,
Un triste enfant tout esseulé,
La peau d'une orange amère
Où vient rouler un osselet.

Où est la vrai béatitude,
Le souffle de l'innocence,
Là où la solitude
Pourrait avoir un sens ?

Arrêtez les pendules !
Ecoutez ce silence !
La vie est ridicule
Quand elle est une absence.

Parfois je gesticule,
Je frôle l'indécence,
Mais je ne suis qu'homoncule,
Qui ne fait aucun sens.

Je suis las de ce vide,
Vide de cet au delà,
Là où le gras du bide,
Cache le cancrelat,

Vide.


© Copyright Merle Bleu

Rêves en kit



J'ai fait un rêve élastique
Viens donc au paf, laisse tes tics
Un doux rêve guimauve mauve
Embrasse moi, je suis un fauve

J'ai fait un rêve électrique
Un rêve d'arc et d'étincelle
En rouge et bleu comme la trique
Rire grinçant d'une crécelle

J'ai fait un rêve articulé
Peuplé de membres robotiques
Où les amants rite éculé
y soupiraient soporifiques

J'ai fait un rêve astronomique
Où une étoile est hors de prix
Où sa valeur antinomique
Avait englouti mon esprit

J'ai fait un rêve tellement triste
Que c'en était une histoire d'O
Une histoire de masochiste
A laquelle je tournais le dos

J'ai fait un rêve tout de rose
Tout comme un sexe dénudé
Beau comme bouton d'une prose
Vers de mes lèvres exsudé


© Copyright Merle Bleu

Ab soute




Je viens vers toi sur cette longue route,
La valise en balance au coté de mon doute,
Debout, là, devant moi, tu es l'ombre bleutée,
La lueur brillante en fine pluie projetée.

Tu es là, silhouette de tes jambes en voute,
J'avance sans fin comme s'enchainent les ans,
Il faudra bien un jour que sans chaine je te goute,
Toi ce vent qui m'envoute, toi ce maillon naissant.

Il faudra m'apprendre à voyager plus léger,
A écouter en nous cette voix qui nous hurle:
Demain est un mot à vivre, à tout déranger,
Pour que sans se consumer une flamme brule.

Jetons aux feux anciens cette terreur de vivre!
Libérons la fureur en une ultime joute!
Déchirons les entraves pour en rugir libre!
Remisons aux enfers les lourds bagages en soute.

Devant nous s'ouvrira un chemin de traverse,
Celui où le temps se moque bien des pendules,
Où les âmes libérées en douceur se bercent,
Ignorant le passé aux craintes ridicules.


© Copyright Merle Bleu

Unique parCELLE



C'est une amie à découvrir sans qu'elle s'enrhume,
Une femme entière à l'âme en pleur issue des brumes,
Une hirondelle aux belles ailes brunes brisées,
Charme de la jeunesse à mes tempes grisées.

C'est un amour douceur au rituel sourire,
Ce joyeux sentiment qui fait le pas léger,
Un amour différent où l'on se fout du pire,
Une caresse de plume à notre coeur figé.

C'est un esprit profond au sourire en surface,
La solitude à vif où la vie se morfond,
Un coeur sans chaleur où je briserai la glace,
Un puits de désespoir, tiroir à double fond.

Un être fait de grâce, un être qui s'ignore,
Qui ressasse la mort à en perdre l'envie,
Alors que de sa vie elle n'a vu que l'aurore
Que l'ombre des nuages aura bien mal servie.

Cette femme de poche inconnue en romance,
Elle est ma tendre muse à la lueur étincelle,
Elle est source des mots de cette délivrance,
De l'Univers une unique belle parcelle.


© Copyright Merle Bleu

Frontière



A la frontière de nos êtres

Existe un curieux no man's land
Là où les émotions s'empêtrent
En une vaine sarabande.

A la frontière d'entre nous

Là où se déclare l'amour,
La où se déclare la guerre
Les mêmes blessures lacèrent,
Quand disparaissent nos contours,
Que nous enfouissent les remous.

A la frontière de la peine

Là où se croise le regard,
Là où se heurte la douleur,
Tout est très loin de la douceur,
Le quotidien devient ringard,
Et le rêve a mauvaise haleine.

A la frontière de nous deux

Là où le vide est un tueur,
Là où un coeur bat la chamade,
Le sourire se fait maussade,
Quand tout s'écoule en ondes pleurs,
Le visage figé sur l'hideux.

A la frontière de demain

Là où fleurit le barbelé,
Là où se meure l'autrefois,
Verrons nous renaître les joies
Des corps à corps entrelacés,
Au doux baiser, lèvres carmin ?


© Copyright Merle Bleu

N&B



La pie chante à tue tête au pont de ses soupirs
En habit de dimanche à couleur noire et blanche
Là où les amants songent au meilleur comme au pire.

Les vaches que l'on trait qu'elles soient blanches ou noires,
La belle pie Normande aux lourds pis qui s'épanchent
Ou brune Montbéliarde, de la soif les poires.

Pas de répit en ces nuits blanches de dépits,
Quand l'âme veule épie sa pitance trop noire,
Nuits où les tifs s'enroulent en de tristes épis.

La pie jacasse et caquette au vers dégueulasse,
Elle lustre sa jaquette et quête le pourboire,
Tout va de mal en pis, le cercle fait surface.

La pie du nouvel an, minuit pile, couleur blanche,
Nous grise un instant au verre à pied qu'on siffle,
Sillage priapique au bassin qui déhanche.

La pie anniversaire où les piges s'empilent,
Ce jour où pépie l'age aux chandelles au long souffle,
Rien n'est tout blanc ou noir aux heures qui défilent.
 
 
© Copyright Merle Bleu

Coeur sourire





Un soir, au coin d'un bois me parvint une voix :
"Dessines moi un sourire" !
Un soir où j'étais vide coquille de noix.

Nul doute permis la voie était ce message.
Qu'est-ce donc que le sourire?
Me demandais-je alors rimant tel un vieux sage.

Fouillant dans mon cœur en désordre
Je vis que le choix était large :

Un sourire forcé ?
Non, ce serait se cacher !

Un sourire coincé ?
Trop long à accoucher !

Un sourire charmeur ?
Ce serait accrocheur !

Un sourire vanité ?
Ca manquerait de charité !

Un sourire moqueur ?
Ni le lieu ni l'heure !

Un sourire raisonné ?
T'as pas du bien chercher !

Un sourire inédit ?
Tu cherches les jeux interdits ?

Un sourire du cœur !
J'ai trouvé mon bonheur !

Aux coins de ma frimousse
Les lèvres se retroussent
Mes dents font la réclame
Et vantent un dentifrice
Comme vieilles actrices

Et pour toi je souris comme nait une flamme.


© Copyright Merle Bleu

Remisé




Autrefois je luisais d'un éclat métallique,
La terre je prenais comme s'offre une femme,
Je binais, je sarclais incliné à l'oblique.
Son ventre m'accueillait, j'en cultivais la flamme.

Des sols laissés incultes je soulevais la croute,
La surface en brassée devenait aérienne,
S'élevant assoiffée vers le ciel et sa voute,
Recevant de la coupe une ondée diluvienne.

En soirée, harassé, je n'étais que murmure,
A la pierre tiédie je contais la journée,
Des parcours entêtés, je soignais l'écorchure,
Heureux mais fourbu de la manse retournée.

Je suis un vieil outil, trop vite remisé,
On me ressort parfois à la panne des sens,
Mon histoire n'est plus que souvenir grisé,
La neuve mécanique a créé l'indécence.


© Copyright Merle Bleu

Diamant taire



Connaissez vous l'histoire du diamant ?
Une pierre culte aux multiples facettes,
Qui brille comme un rêve transparent:
De gens puissants la cagnotte secrète.

Il scintille pour un seul monopole,
Sa valeur est reflet connu d'avance,
Il est tricherie, comme un plan de vol,
Son cours flambe en attisant la carence.

De terre à fric à l'office où l'on stocke
Rayonne une lueur artificielle,
Une arme asservissante à notre époque,
Plus que toute la monnaie officielle.

Pour une poignée de quelques cailloux,
La finance ouvre la vanne à crédits,
Les états trempent et rampent à genoux,
La monnaie coule à d'immenses débits.

Les papiers au poids inventé permettent
L'emprise sur de nouvelles ressources,
Aux laquais l'on envoie une ou deux miettes,
Pendant que se lient, se délient les bourses.

Nait du vœu de ces puissances occultes,
Sombres et cyniques machinations,
Des bombes que l'on sciemment catapulte,
Pour une main mise sur les nations.

Le prix de nos sueurs est dérisoire,
Tant, des choses, la valeur nous échappe,
On nous pille et dérobe en magie noire,
Il faudra bien qu'explose la soupape.


 © Copyright Merle Bleu

En caresse




Je voudrais contre ton cœur déposer une fleur,
Sentir une nouvelle chaleur t'envahir
Captant les pétales du soleil à toute heure.

Je voudrais t'entrainer, courant par les chemins,
Là où les herbes folles esquissent le sourire,
Où nous roulerions au sol comme deux gamins.

Je voudrais à ton oreille te murmurer
Les cascades où s'écoulent les éclats de rire,
Où la femme joyeuse aime à venir baigner.

Je voudrais te couvrir d'un manteau de caresses,
Comme le vent passe sur le blé murissant,
En fin d'été, les jours déroulant leurs paresses.

Je voudrais sur ta peau déposer un baiser.
Ressens le s'étaler sur ton corps frémissant,
Finir en rayonnant à ton intimité.

Je voudrais fouler avec toi les pieds de menthe
Et m'enivrer sans fin à cette exquise odeur,
Parmi les trèfles, te vouloir pour douce amante.

Je voudrais ta vie comme une éternelle fête,
Un monde où tout se dit avec des mots douceur,
Avenir où les lendemains chantent à tue tête.


© Copyright Merle Bleu

Si j'avais



Si j'avais des idées neuves
J'en tapisserais mes jours
Pour chasser les pensées veuves
Joueuses de mauvais tours.

Si j'avais plus à offrir
Je ferais d'un coeur le siège
Pour qu'il cesse de souffrir
Je lui jouerais des arpèges

Si j'avais une peau neuve,
Faite du plus beau velours
Je remonterais son fleuve
Vers la source des amours

Si j'avais la liberté
Alors j'aurais pris les armes
Pour combattre à ses côtés
Et la protéger des larmes

Si j'avais un avenir
J'éclairerais son chemin
Espérant la voir venir
pour un nouveau lendemain

Si j'avais d'elle l'amour
Je serais un homme heureux
Mais je fuirais sans détour
Car elle mérite bien mieux

Si j'avais, mais je n'ai rien


© Copyright Merle Bleu

Ivre et à l'Ouest



 D'ouest le vent déverse la pluie de ses averses
Aux nuages des yeux  le sombre s'amoncellent
Écoulant de son crâne un torrent de tristesse

Ressac des algues brunes balayant toute envie
Le cœur est sans mobile où le vide est recel
En tête se balance une eau glauque asservie

Le froid infiltre doucement son corps et gèle
Figeant net en la glace un début de frisson
D'une demie pression étouffant la cervelle

S'affaissent le vouloir, les soifs d'avenir
Chute la volonté, s'écroule l'invincible
La ronde tourbillonne à jamais plus finir

La tête tourne, tourne au vol des hirondelles
Un vertige vacille en vaines déraisons
Et trébuche le rêve où  crève le mot d'elle

La pensée s'évanouit où renonce le songe
En déferlante amère au sable peu sensible
S'étouffe à se noyer la masse d'une éponge


© Copyright Merle Bleu

Couleur décence



Que n'ai-je pas su voir

A ce regard triste, à ce cœur bien noir,
Où rien n'existe que sable mouvant,
Froissés, enterrés les rêves d'espoir.
Sans fil, le jour coule dégoulinant.

Que n'ai-je pas su taire

Des douleurs vives à voir rougir le fer,
Des peurs irraisonnées et étouffantes,
Du souvenir meurtrissant, délétère,
De ces détresses soudain paralysantes.

Que n'ai-je pas su dire

Pour voir enfin s'afficher un sourire
Parenthèse du couchant de ces lèvres
Apaisement qui lentement soupire
Et gomme des âmes bleuies les balèvres.

Que n'ai-je pas su toucher

Ce corps aux ailes blanches à déployer,
Pour que le naissant papillon s'envole
Et regarde de haut les chiens enrager,
Lissant ses ailes à la douceur d'Eole.


© Copyright Merle Bleu

L'amour en manque



L'amour en manque

C'est une banalité journalière
Un grain de beauté tourné à l'envers
Une prison comme une tour de verre
Où l'âme tourne, tourne, prisonnière

L'amour en manque

C'est une quête vaine et incessante
D'une attention, d'une douce tendresse.
C'est accepter la réflexion blessante
Pour exister à cette maladresse.

L'amour en manque

C'est oublier notre être en devenir,
Lui substituer ce qui fera plaisir.
C'est oublier son unique existence
Juste pour un sourire, une espérance.

L'amour en manque

C'est ce corps qui tremblote sans ses doses,
Le lit ouvert à toutes les névroses,
Tristesse à la recherche d'une cause,
Etre hors assurance, je qui jamais n'ose.

L'amour en manque

C'est un édifice sans fondation,
Une tour de Pise sans horizon,
Une entaille, fissure au plus profond,
Un humain suspendu en déraison.


© Copyright Merle Bleu

Femme



Elle est un bout de ciel azur
Etincelle d'un coin de l'âme
Douce tendresse qui rassure

Elle est ce lac trop plein de larme
Endroit velours où tout est charme
L'être secret qui nous désarme

Elle est la bouche qui murmure
Le doux baiser de couleur parme
Baume soufflant sur la blessure

Elle est la source des désirs
L'afflux de sang comme une alarme
Le confluent de nos plaisirs

Elle est de nous tout l'avenir
Et tous nos rêves en devenir
Là où je veux toujours finir


© Copyright Merle Bleu

Pluie de coups



La pluie plaquée contre les vitres,
Les gouttes giclent dans les flaques.
Larmes de fée privées d'élytres,
Le vent froid gifle et les dent claquent.

Parole tonne, vif éclair,
Lacère, crispe les viscères,
Marque voix grave dans la chair,
Peau mise à nue, odieux ulcères.

La pluie plaquée contre les vitres,
Les gouttes giclent dans les flaques,
Du glou dégout du soul des litres,
L'ivresse coule ses jours flasques.

Cœur replié comme un chiffon,
Mis à l'abri en zone noire,
Hors d'atteinte d'un bouffon,
Sculpteur cruel d'angoisse en poire.

La pluie plaquée contre les vitres,
Les gouttes giclent dans les flaques,
La finance, elle, fait les gros titres,
Mais la violence est verre opaque.


 © Copyright Merle Bleu

En lettres d'or



La main tendue dans le vide
Me laisse le bras ballant
Brusque sentiment sordide
Geste absurde chancelant

Foutu monde de défiance
Où l'émoi laisse sa chance
Au regard lourd, soupçonneux
Rendant le cœur bête, hideux

Ma main se crispe au silence
Et s'effondre en désarroi
Mesurant cette indécence
D'avoir causé un effroi

Le Fou croise en biais la Dame
Puis se tire en diagonale
Loin du téléphone infâme
A résonance bancale

Mon âme télépathique
T'envoie tout son réconfort
Et tape télégraphique
Du velours en lettres d'or


© Copyright Merle Bleu

Hibernation



Blottit dans sa fourrure,
Il était dans le noir,
Comme en robe de bure.
Il dormait comme un loir.

De sa truffe sortait
Une chaude vapeur.
Le froid qui le mordait
Renforçait sa torpeur.

Son rêve le portait
En une verte clairière,
L'oursonne y remuait
Mutine, son derrière.

Le torrent en cascade
Abritait le saumon.
Caché, en embuscade,
Il en guettait le bond.

Les fragrances de miel
Chatouillaient sa narine.
Les couleurs d'arc en ciel
Étalaient leur patine.

Dans le froid de l'hiver
Il cultivait le beau,
Dans sa tête, le vert,
Souriait au museau.


© Copyright Merle Bleu

Absence



Absence privée de sens, présence en négatif
Images couleur sépia que le temps nous délave
Le vide au fond de soi comme un soin palliatif
Le torrent s'est tari et c'est figée la lave

Ce mal qui lent nous ronge au souvenir de crabe
Souvenir où se terre un silence fautif
Discours inaudible et cacophoniques syllabes
D'un oiseau dégarni au dernier souffle plaintif

Regret de ces non dits à la fin d'une bouche
Le jamais plus résonne une cloche à l'amer
Et l'amour non perçu sur le manque débouche
Les larmes s'éternisent au trépas d'une mère

Et le temps distribue tout au long de sa route
Les parfums d'autrefois, dissipés, nostalgiques
Nous rappelant un temps où s'ignorait le doute
En cette prime enfance aux ressentis magiques


© Copyright Merle Bleu

Mise en bouche



Madame, votre sourire si coquin m'inspire
Venez donc près de moi que je vous vois sourire.
Comment, vous trouvez mes lèvres douces et attirantes ?
Osez Madame y poser les vôtres si ardentes !

Madame, vous prenez là un bien curieux chemin !
Sentez vous sous votre paume cet oiseau frémir ?
Et de mon âme entendez vous le long soupir ?
Mon souffle se fait court à la caresse satin.

Oh Madame, voici que s'entrouvre en grand la cage !
Je ne peux garantir que je vais rester sage !
Osez l'oiseau sortir, il a froid, il a faim,
Sentez le s'épanouir au creux de votre main.

Que ce lent va et vient me fait le cœur velours,
Je sens de haut en bas ce long frisson qui court.
Le si langoureux murmure, de vos sens me touche,
J'attends tout frémissant le chaud de votre bouche.


© Copyright Merle Bleu

Désirs anonymes



Femme inconnue, floue, anonyme,
De force un filtre nous uni.
Regards complices, désirs intimes,
Je glisse vers toi, mon infinie.

Nos mains se disent des caresses
Et nos parfums volent l'ivresse.
Nos peaux se frôlent veloutées,
La lèvre mord d'ardents baiser.

Nos corps se tendent et s'enroulent et s'agrippent.
Nos bouches se fondent, se cannibalisent.
Nos reins se cambrent, s'électrisent,
Troublant frisson pendu aux tripes.

Saveurs juteuses aux goûts salés,
Nos faims s'abreuvent, exacerbées...
Nos corps s’emboîtent, rauques soupirs,
Regards qui tanguent, cris qui chavirent.

Nos ombres, êtres sombres et mythiques,
Animent la scène, éclats sabbatiques,
Pantins tendus, danseurs acrobatiques,
Joutent et s'affaissent, vaincus... extatiques.


© Copyright Merle Bleu

Petite mort




Il sentait la chaleur de la bouche
En voyait l'indécent va et vient
Affalé, tout du long sur sa couche
Il se raidit en cambrant les reins


Dans un spasme il referma la main
Gémissant sous les étoiles rouges
Yeux ouverts sur cet instant carmin
Et le flot de ces reflets qui bougent

De sa vie se détendit le fil
Cette vie, qu'il appelait putain
Le quitta, lourd battement de cil
Ombre sur carton, métro pantin


© Copyright Merle Bleu

Sourire sur face



Sourire vissé sur la face,
Homme de vide sur qui s'ouvrir,
Don Juan lissé en surface.
Homme de vent et de soupir.

Visage charmeur sur cœur en pleurs,
Enfant rêveur enfui des cages,
Serrant des poings, fuyant ses peurs,
Comme la lumière enfuit les nuages.

Homme papillon heurtant la lampe,
Cabotin lutin butineur,
Eblouit aux feux de la rampe,
Homme passion, accros au cœur.

Face riante de clown triste,
De vos yeux s'abreuve d'amour,
Velours d'une âme couleur schiste,
Ou le sang bat comme un tambour.

Homme nu, vers pacotilles,
Homme conjugué au passable,
Capitaine pourfendu d'esquilles,
Vieux Don Juan des bacs à sable.


© Copyright Merle Bleu

samedi 6 avril 2013

Une larme

 
 
Autiste triste, seul avec ce moi
Piètre artiste qui ne s'aime pas

Je dépose une larme sur le pas de ta porte
Une larme salée... que le diable l'emporte...
Nos souffrances s'ignorent et nos douleurs s'insultent.
Le Mal seul est vainqueur...il jouit lui! Il exulte!
Il se forge un abîme de nos vides insondables
De nos espoirs déçus, insensés...haïssables.

Une larme... de la flotte... trois fois rien
Une façon de dire que l'on est pas bien
Juste un homme à la mer, sans rage ni écume
Une rose sur sa fenêtre au parfum d'amertume
Un trop plein silencieux déferlant dans la nuit
Et le ressac d'une âme qui se transmute en pluie.

Une larme...pas une pierre précieuse
Une offrande incrédule à la nature odieuse
Pas de miracle... l'eau ne sera jamais vin
Inutiles efforts pour toucher au divin
La pensée à l'étroit, engoncée dans ce corps
Tremble souvent d'effroi en espérant la mort.

Une larme qui coule comme l'éternité
Sensation d'impuissance, aveu de lâcheté
Une angoisse étouffante érigée en vertige
Une bulle qui éclate, un tyran qui exige
La terreur qui impose et réclame en urgence
Que la vie tout à coup prenne un sens

Une larme qui s'infiltre lentement
S'invente un ailleurs... un autrement
Son avenir est compté car déjà la terre boit
Les racines l'attirent et elle se fera bois
Sur le sol bientôt sec une croûte de sel
Mais aussi des pardons ! Des regrets à la pelle...
 
 
© Copyright Merle Bleu

Le veilleur de nuit



Un homme au pas lent cheminait dans la nuit. Il traînait derrière lui des morceaux d'hier, des éclats de vie. Il marchait en titubant vers la lumière sur un chemin de scories. Parfois ses jambes s'effaçaient sous lui, mais toujours il se relevait et reprenait sa route.

Au cours de sa longue nuit, il découvrit une petite clairière qu'un bûcheron avait saccagé. Au beau milieu, il vit un tas de cendres. Grelottant, il s'approcha et entendit un murmure, une plainte sourde qui s'élevait vers lui. Au plus près des restes du foyer, il perçu une infime chaleur. Approchant ses lèvres de cette source, il souffla doucement et vit naître une lumière ténue. Il continua tout ému à souffler sur la braise et découvrit qu'il s'agissait d'un cœur qui rougeoyait encore. Au milieu de ce cœur, il perçu une trace sombre, comme une cicatrice où le rouge avait fuit. Il chercha des mots tendres, des mots de guérisseur que son âme réchauffée lui dictait. Il cru voir doucement s'effacer la souffrance et une troublante chaleur l'envahit.

De ce cœur, il vit pousser des ailes en partance, ce cœur s'envolerait au petit jour. Il sentit alors cette souffrance des racines de son enfance dont l'amour avait fui. Il fut pris d'un délire, imaginant qu'il soufflait sur la braise, que ce cœur s'enflammait et le sien avec lui.

Alors qu'il s'envolait dans ses rêves vers de blancs horizons, il se souvint brusquement qu'il n'avait rien à offrir, que ce cœur avait ses propres horizons. Il était juste là pour veiller jusqu'au petit jour, il était le veilleur de nuit, le veilleur de vie.


© Copyright Merle Bleu

Sans issue



Homme au verre pâle, sans couleur, sans vitrail
Privé des profondeurs en un calme mouillage
Triste coque ridée à l'aqueux gouvernail
Bateau en détresse d'un havre mis en cage

Homme sans complément, homme sans adjectif
Homme condamné aux douleurs d'un calice
Flotte à la dérive d'un corail rétif
Serrant à ses flancs une tendre complice

Rêves échevelés de corps en accord
Musiques endiablées, légères, symphoniques
Songes emmêlés en de doux corps à corps
Rimes cyniques aux lourds dessins phoniques

La pensée s'égare en de lointaines criques
Puis l'image floue se froisse, s'efface et crisse
S'effondre l'empilage boiteux de veines briques
Et la vie me pince comme une écrevisse


 © Copyright Merle Bleu

Larme étincelle



Figé derrière la vitre, miroir de nos grimaces,
J'entends ton cœur noyé au torrent de tes larmes.
Je sais amie, tes luttes sidérantes, tes guerres lasses,
Ces moments où la chance semble déposer les armes.

Ton âme s'est disloquée sous les coups d'un bourreau.
Tes enfants, tes deux anges sont ta seule raison d'être,
Avec eux, c'est l'amour que tu verras renaître.
Tu verras tes désirs connaître le renouveau.

Les larmes que tu caches derrière ton tendre sourire,
Ces cris que tu enterres sous la cendre encore chaude,
Libère les en hurlant la colère qui taraude,
Scie de ta prison les barreaux et naisse le rire.

Quand tu auras retrouvé la clef du désir
Ouvre grand la porte sur la vie berceuse balancelle
Et fais moi mon amie ce chaleureux plaisir:
Laisse briller le doux bonheur d'une larme étincelle.


© Copyright Merle Bleu

Envolée



Dans ce monde inconnu
Futile, où bruit l'insecte
Bourdon au dos velu
Que l'on chasse en un geste

Son vol lourd, au cap vague
A des horizons flous
Vol à vue, en zigzag
Vol à vide de rêves fous

Englué dans la toile
Où combat la terreur
Des lendemains mygales
Des devenirs sans fleurs

Des cloches au son trop grave
Bourdonnent, sourdes à tue-tête
Le passé se délave
En douleurs amulettes

Le bourdon au doré colle
Une larme dans les yeux
se fait bleu monticole
Vole vole le Merle Bleu


© Copyright Merle Bleu

Rien à Si Ré



Ré Si:

Perdue la clef !
Les sens ont fui le Do sans flamme
Laissant le Fa mineur.

La n'est plus
Que La mort dans l'âme
Do cille

Les trompettes sonnent
Si Do Ré
Et roulent au Sol

Derniers soupirs
Sur les hautbois
Si Ré

Le corps d'une blanche
Est en portée
Do mage

 © Copyright Merle Bleu

Maux anciens



Les maux anciens, inassouvis
Que l'on enferme à double tour
Ces maux, à l'espace réduit
Nous font le pas plus lourd

Dans le long corridor du temps qui passe
Reliques oubliées d'un passé révolu
Les portes dérobées nous révèlent l'impasse
Des douleurs tues. Le futur est exclu

Ces chimères, fantômes emmurés, nous hantent
Elles crient, condamnées, à l'oreille d'un sourd
Déchainent aveuglées, la peur, l'épouvante
Lacèrent de détresse l'émotion de nos jours

De la mémoire déchiffrer tous les passes
Briser les verrous, entraves à l'envie
Délier la souffrance, en effacer les traces
Entrevoir un espoir et renaître à la vie

Alors s'ouvrira devant nous tout l'espace
Des prairies de l'enfance aux papillons joyeux
Léger sans carapace
Bientôt j'espère, avant que je sois vieux


© Copyright Merle Bleu

Blues des blouses



U Gigliu: lys des sables,
Bâtiment au nom de plante,
Edifice psychiatrique
Où le vague à l'âme s'ensable.
Où la mesure est la rente,
Le Saint Graal est le fric.

Ici, banalement l'humanité s'enlise:
La Normalité, aux symboliques blouses blanches,
Traite, en lasse indifférence, les files d'humeur grise,
Deal le bonheur en pilule, solitude en tranche.

Le blanc se distingue du gris, cela ferait tâche.
L'échange est codifié, et l'éthique est pratique,
Elle permet les esquives, les postures un peu lâches.
Le geste est machinal, le remède est chimique.

Le blanc parait magnétique tant le groupe est compact:
chaise contre chaise. Les patients, à distance pensent qu'ils bullent.
Ne vous y fiez pas! Ces égarés affabulent!
Pour que ces blouses restent blanches évitons les contacts!

Seuls les repas rythment des journées interminables.
Les blouses bleues, généreuses, servent l'ordinaire minable.
Une blouse verte, stagiaire radieuse, représente l'espoir.
Son sourire si sincère redonne envie de croire.

Abandonnés à eux-mêmes, les otages du temps
S'observent, méfiants, bien souvent meurtris par la vie.
Enfin l'humain parait: un sourire bienveillant,
Un geste attentionné, enrobé de pudeur.

De ces blues gris, nait bientôt plus d'amour qu'ailleurs.
Les robots blancs alertent promptement les naïfs,
Le gris cache des manipulateurs, soyez prudent, soyez attentif!
Mais est-ce vraiment différent dans d'autres couleurs ?

Ce gris, croyez moi, luit de tellement de nuances,
S'il était parmi eux ne serait-ce qu'un tricheur,
Cette âme en rupture d'amour, perdue, en errance,
Ne ternirait pas tout ce qu'a reçu mon cœur.


© Copyright Merle Bleu

Fluctuat Nec Mergitur

Des mots comme un Paris,
Comme ton cœur en bouteille,
Comme un hymne à la vie.

Pont tendu entre rivages,
Un lien né entres deux rimes,
Deux sourires aux mirages.

Pas trop dans son assiette,
L'autre cœur, que la vie mange
A grands coups de fourchette.

Demain sera plus rose.
Main tendue sur la mer,
Une âme se met en pause.

Sur le rocher à côté,
Une colombe, plume légère,
porte un brin d'olivier.

Elle roucoule la tendresse.
Son chant métamorphose
Les douleurs en caresses.

© Copyright Merle Bleu

La tour



Le ciel, azur, s'entrouvre au dessus de nos têtes
En haut du mamelon, vigile en silhouette
Téton têtu granité fixe au loin le large

Observant de la cime
haletants sous la charge
Les deux scrutent l'abîme
En bas, les flots enragent
Un souffle d'Ouest creuse les rides
La bave coule au rivage

Le soleil fait sa couche
Murissant les rochers
Le vent dérobe les mouches
Même les anges se sont tus
Sous la lampe orangée
Source chaude que le jour tue

Dans le cœur de la tour
L'air soupire, apaisé
Il invite au séjour
L'âtre réchauffe le souper
Voici venir la Scène
Le même sang, la même veine

C'est l'instant du partage
Le Père chérit le Fils
Lune hostie, rends hommage
De ton blême lumignon
A cette douce communion
Des liens que l'amour tisse


 © Copyright Merle Bleu

Chaos



Emporté par une avalanche,
Monstre d'effroi, terreur blanche,
Enseveli sous le chaos.
Boxeur groggy, niveau zéro.

Avec moi tombe un silence,
Comme un écho à une absence.
Dans un brouillard floconneux,
Je cherche en vain tes yeux.

Héros déchu aux pupilles troubles,
Enfant perdu dans ses pensées,
Le temps compté lui parait double,
Sans ta présence à ses côtés.

Elle est jetée au loin l'éponge.
Triste présage, mauvais songe,
Regard flottant, sans respirer.
Pourrai-je un jour me relever ?

Rêves de toi, besoin de soie,
De doux velours.
Au fond de moi,
Des bleus Ô mon amour.


© Copyright Merle Bleu

Virtuellement



Navigateur solitaire,
Chrome aux fenêtres
Et sièges en Skype,
Mon moteur te recherche
Ô doux réseau social.

La souris glisse sur la toile.
Le mulot croque les araignées,
Meetic retour de Safari.
Je viens hacker ton Intranet.
Yahoo ! J'adore tes cookies !

Ton correcteur orthographique
Me dit : pas touche !
Mes Mégabits digitalisent
Ton plugin.
L'anti-virus m'analyse...

Alt-Echap, ctrl-V
Enfin nos connexions sans fil.
Lentement je Googlelise
Vers ta boite de réception.
Mon orgasme se virtualise en un frisson.


 © Copyright Merle Bleu

Ce soir à la lune


Une nuit de septembre aux lueurs lune pâle
Ouvrant grand la fenêtre à embrasser la vie
J'ai brisé les cloisons de mon étroit bocal
Le cœur battant __ tourné vers l'infini.

L'air conservait un parfum estival
La chaleur accablante avait fuit
J'aime cher astre au sourire amical
Ton rond visage au blanc épanoui

Là bas __ dans la baie __ fétus ballottés
Les bateaux chahutaient leurs ancrages
Aux reflets de la houle dorée
Chaque coque inventait son rivage

Sous la lumière un décor argenté
prenait des allures de cortège nuptial
Les étoiles de riz au ciel en grain jetés
Scintillaient pour cette noce vespérale

Ô Lune de miel aux rayons blonds sucrés
Jeune mariée à la traîne de nuages
Laisse moi soulever ta robe nacrée
Ton voile lacté fluctuant de mirages

Un rire fuse __ au loin __ lourd gauche et bancal
Qui ? perturbe cette douce harmonie ?
Un hibou à l'œil noir foncé râle
"Chut ! Ce soir __ à la lune __ je me marie"


© Copyright Merle Bleu

Vers las



Quand le verbe sera nu, de la peau et des os,
Qu'il cherchera perdu et le sens et les mots.
Quand les champs où l'on triche seront mis au chaumage,
Nous serrerons nos poings et hurlerons nos rages.

Entends! La cloche au loin résonne!
Ô raison déraisonne,
Voici venir le glas.
Verglas, vers las.

Quand l'Être aura perdu et l'amour et l'estime,
Qu'il jouera du canon, embellissant son crime,
Quand l'Avoir aura vidé nos cœurs de son sang,
Nous errerons âmes en peine, fantômes fous, hurlants.

Entends! L'orage au loin qui tonne!
Ô raison déraisonne,
Voici venir le glas.
Verglas, vers las.

Quand nous engrangerons du bénéfice le fiel,
Orifices affamés, aveugles, substantiels,
Nous serons animaux, plus vraiment des humains.
A l'encre de chine, noire, têtue, je hurle le mot faim.

Entends! Les cris qu'on emprisonne!
Ô raison déraisonne,
Voici venir le glas.
Verglas, vers las.


 © Copyright Merle Bleu

Sur tes chemins


Sur tes chemins, chienne de vie,
Coulent les pleurs, pousse l'ortie,
Les coups de cœurs, folles envies.
Et de nos corps naissent les cris.

Sur tes chemins, chienne de vie,
J'ai bu morsures et doux baisers,
Trouble luxure ou volupté.
Pourquoi haïr ? Comment aimer ?

Sur tes chemins, chienne de vie,
J'ai mis la muse en muselière,
Vaines promesses, honteux dénis,
Chassé le rêve à coups de pierres.

Sur tes chemins, chienne de vie,
Brûle soleil, glace la pluie.
Amours perdus, désirs trahis,
J'ai peur tu sais ! J'ai froid la nuit.

Sur tes chemins, chienne de vie,
La poussière oublie nos passages.
Où sont les jours sans soucis
Où nous jurions n'être pas sages ?


© Copyright Merle Bleu